Mon aspect sévère n’est qu’un trompe-l’oeil, une sorte de
cuirasse, un peu comme celle de Don Quichotte, rafistolée
avec du carton. Quelque chose de fragile en somme,
réversible, jamais définitif, toujours à consolider.
C’est pourquoi, lorsqu’il y a un risque d’affrontement, je
fais tout ce qui est en mon pouvoir pour choisir mon terrain.
Ceux de mes ennemis qui prennent le parti de m’écrire,
prennent ainsi un risque inconsidéré. S’ils sont psychologues,
ils cherchent l’affrontement direct, verbal, où je suis plus
vulnérable. Mais dans ce cas, je me dérobe. J’ai retenu la
leçon qu’infligea Koutouzov à Napoléon, à la bataille de
Borodino. Une fois à bonne distance, c’est-à-dire devant la
page blanche, je fais donner les orgues de Staline, et alors,
sauve qui peut…